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En octobre 2003, quatre jeunes originaires de Lévis, regroupés sous le nom de PHILOSONIC, présentaient leur tout premier album éponyme sous l’égide des Disques Tox.
Bien reçu par la critique en général et contenant deux succès radiophoniques importants dont « La couleur » (# 3 au Top Radio BDS francophone), le disque n’a cependant pas fait son chemin tel que souhaité auprès du public.
Malgré une série de spectacles enlevants à travers le Québec et une réception plus que favorable des spectateurs de tous âges, le groupe rentrait dans ses terres et leur silence laissait supposer la fin abrupte d’un rêve qui fut de courte durée.
Septembre 2006. Réunis autour d’un café dans le studio du réalisateur Gilles Brisebois (Jean Leloup, les Frères à Ch’val, Yann Perreau), Philippe Gagnon, fondateur de PHILOSONIC (d’où ce nom), chanteur, penseur, auteur et guitariste se remémore avec Steeve Girouard, batteur, voix et seul autre membre restant du quatuor, par quel cheminement ils sont passés pour en arriver là. «On a fait un bon bout ensemble avec le premier album, débute Steeve. Il y a eu la tournée qui allait bien, mais lorsque Philippe est tombé malade, c’est devenu plus difficile pour tout le monde. On a réussi à terminer la tournée et finalement le guitariste et le bassiste qui étaient un peu tannés de tout ça, en plus d’avoir des enfants au cours de la même période, ont pris la décision d’orienter leur carrière ailleurs. »
Le regard fixant sa tasse de café, Philippe Gagnon, accepte de parler de cette maladie dont les signes annonciateurs se sont produits bien avant la sortie du premier album de PHILOSONIC. C’est cependant au cours de la tournée qui a suivi qu’il a compris qu’il souffrait du trouble bipolaire, terme médical pour la dépression maniaque qui a aussi été connue comme trouble bipolaire de l’humeur ou psychose maniaco-dépressive. 1% de la population est atteint de bipolarité. On l’appelle également la maladie des Grands Hommes puisque Churchill, Napoléon, Van Gogh et beaucoup d’autres en étaient atteints. Les statistiques prouvent que les surdoués ont plus de risques d’en souffrir.
Plusieurs ont comparé la création artistique de Philippe à celle du toujours regretté Dédé Fortin des Colocs. Il est vrai qu’on pourrait même déceler une certaine ressemblance physique entre les deux auteurs, musiciens. Ils partageraient maintenant une maladie similaire. Mais Philippe a bien l’intention d’avoir le dessus sur ce qui est devenue son inévitable compagne ayant à ingurgiter quotidiennement sa dose de lithium et ses nombreuses pilules qu’il nomme - comme un enfant à qui on aurait fait une promesse s’il les avalaient - « mes bonbons ». « Je me suis toujours dis que si on était tanné de moi, je me trouverais un autre personnage, mais je ferai toujours de la musique. Je n’ai jamais fait dans mes shorts et commencé à me dire, « ah ben là, qu’est-ce qu’ils vont dire et bla bla ? ». Non, non. Je vais continuer. Si j’ai été capable d’obtenir un contrat de disque une première fois, je me suis dis que j’étais bien capable d’en avoir un autre. Je dois seulement continuer de composer des bonnes chansons. C’est tout ce que ça prend. »
1976, Lévis. Philippe Gagnon fait son arrivée dans une famille déjà aguerrie à la musique. Son grand-père jouait de l’harmonica, sa grand-mère de l’accordéon et son frère touchait à l’orgue. Enfant, ses parents l’inscrivent à des cours de solfège dans un couvent. Et lui choisissait la flûte comme instrument de base. C’est le déclic. Dès ce jour, il s’inscrira à toutes les options musique offertes par les écoles.
1993, Philippe étudie les arts au cégep pendant qu’une fronde punk frappe la ville de Lévis de plein fouet. Philippe met de côté sa flûte pour prendre en main une guitare bien distordu et met sur pied avec son ami Patrick Grondin le groupe punk Groundless avec lequel il compose, joue et qui lui permettra de faire ses premiers pas sur scène en tant que chanteur. Nouveau rôle qu’il apprendra à apprivoiser rapidement et a aimer profondément. Il s’y donnera à fond pendant les sept années suivantes jouant partout où on leur permettait de le faire. D’ailleurs, Philippe jouait avec tout : sa guitare, ses amis, son ballon de soccer, son skateboard et…ses drogues dures. « Des speeds en masse, se rappelle Philippe, bien d’autres choses et beaucoup d’alcool. Mais je ne me suis jamais piqué. » Après deux CD et trois démos cassettes, le trip avait assez duré. Philippe tentera difficilement de se faire une vie plus stable. Celui qui désire toujours vivre de sa musique devra faire mille et un boulots pour survivre; de squeege sur la rue, aux Ailes de la Mode en passant par Burger King.
Une fois l’aventure de Groundless terminée, Philippe Gagnon s’est remis en question après avoir réécouté le matériel entièrement anglophone du groupe. « Je n’aimais pas ma façon de chanter en anglais. Je n’aimais pas comment ça sonnait. » C’est alors qu’il commença à écrire des bouts de textes en français ici et là en espérant en faire des chansons. Avec l’aide de son ami Francis Foy, il peaufine les chansons qui composeront éventuellement le démo de leur nouvelle formation qu’ils fondent avec l’aide d’un musicien de Groundless revenu au bercail.
Philosonic fait fureur dans la région de Québec avec sa musique festive, heureux mélange de pop, rock, reggae et ska dont les ondes positives se sont rendues dans les oreilles du producteur Pierre Gendron des Disques Tox. Deux mois avant que celui-ci propose un contrat de disque au groupe, un nouveau membre se joint à eux.
Steeve Girouard est un natif de Québec qui depuis l’âge de 12 ans a touché à presque tous les instruments depuis son passage à une école de tambours et clairons. Avec une mère chanteuse et un père trompettiste, sa destinée était presque dessinée à l’avance. C’est donc sans surprise que dès l’adolescence, notre jeune homme a fait le tour des groupes de « covers » de sa région. Rêvant secrètement de devenir un chanteur dans un groupe comme Styx (qu’il a beaucoup aimé) où les harmonies vocales sont mises de l’avant, c’est finalement sur la batterie qu’il a décidé de se défouler artistiquement parlant. Son arrivée dans Philosonic a donné un nouveau souffle à la formation qui devait refaire le démo proposé aux Disques Tox afin d’en faire un premier album tout aussi alléchant pour les radios que pour le public. Opus qui fut lancé à Montréal et Québec en octobre 2003.
En cette belle journée d’automne, Philippe Gagnon et Steeve Girouard sont un peu surpris d’être à nouveau réunis devant leur tasse de café dans ce studio d’enregistrement où ils préparent avec l’aide précieuse du réalisateur Gilles Brisebois ce qui deviendra le deuxième album de PHILOSONIC. « C’est un peu étrange, avance Steeve, car lorsqu’on était un quatuor, c’est nous deux qui se tiraillaient le plus souvent. Et nous voilà les deux, ici en studio, pour poursuivre l’aventure de Philosonic ». À souligner que pour les spectacles, le duo s’entourera de musiciens invités.
Mais pour ce qui est du disque, le duo n’a pas lésiné sur le professionnalisme de l’équipe avec laquelle ils voulaient collaborer pour ce deuxième opus. On y retrouve évidemment Gilles Brisebois, figure bien connue de la scène musicale québécoise, qui a d’abord fait impression en écrivant « 1990 » avec Jean Leloup alors qu’il faisait partie du groupe de celui-ci. On retiendra également sa collaboration avec les Frères à Ch’val et Yann Perreau. Avec Philosonic, Gilles réalise, joue de la basse et du piano en plus de faire certains arrangements. Autre membre important de cette équipe, Yves Desrosiers, guitariste qui a joué avec, entre autres, Sarah McLachlan, Jean Leloup, Richard Desjardins, Lhasa de Sela, Daniel Bélanger et de nombreux autres. Sur ce nouvel album de Philosonic, on le retrouve à la guitare électrique, acoustique, au violon turc, à l’harmonica et au lapsteel. Polyvalent, vous dites ?
« Je ne sais pas où tout ça va nous mener, poursuit Philippe. Mais on y a va une journée à la fois. On est bien fiers des résultats jusqu’à présent. Les textes sont plus étranges, la musique est un peu plus rock et ensuite…bien ensuite ce sont les gens qui décideront. Je vis beaucoup mieux avec ma maladie. Je sais que ce ne sera pas toujours facile, mais, qu’on en soit rendus à ce stade-ci aujourd’hui, c’est déjà beaucoup plus que dans mes rêves les plus fous ».
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